Quelques semaines après avoir sollicité discrètement un avortement, une fille de 16 ans se dispute avec sa voisine et amie qui trahit leur confidence. Depuis, les regards des habitants du quartier sur la fille ont changé négativement.

Nicha*, c’est l’histoire d’une fille de 16 ans, dans la commune de Kintambo, à Kinshasa, née au moment où sa mère décède après son accouchement. Elle ne vit désormais qu’avec son père dans la maison familiale. Son grand frère est parti de la maison suite aux mésententes avec la compagne de son père. Une compagne qui a fini, elle aussi, par quitter le père de Nicha un peu vieillissant.

Alors, quand Nicha réalise qu’elle est enceinte, elle se tourne vers une voisine proche, la mère de son amie du quartier. Cette mère va la conseiller de garder la grossesse et d’avoir le courage de partager la nouvelle à son père. Mais Nicha connaît peut-être mieux son père que quiconque et décide de prendre le chemin inverse. Elle va finalement interrompre cette grossesse.

Mais quelques mois après l’avortement, lorsqu’une dispute sur un sujet banal éclate entre Nicha et son amie, cette dernière balance la confidence au milieu de plusieurs curieux. Des mots qui vont bouleverser le quotidien de Nicha.

« Elle est, depuis, catégorisée dans le quartier comme un mauvais exemple. Beaucoup de parents ont même interdit à leurs enfants de la fréquenter. Je me mets parfois à sa place et imagine ce que cela représente d’être pointée constamment du doigt, raconte Emilie, une autre voisine de Nicha. C’est tout le monde qui est au courant que la fille avait avorté ».

La confidentialité est une des armes contre la stigmatisation des soins d’avortement. Si elle est trahie comme pour le cas de Nicha, elle peut avoir un effet inverse nuisible. La Loi sur la Santé publique de 2018, dans son article 15, stipule  qu’en « matière d’accès aux soins de santé, nul ne peut faire l’objet de discrimination, de brimade ou de toute autre forme ou de privation en raison des considérations tribale, ethnique, religieuse, raciale, professionnelle, sociale, philosophique, politique ou de sexe ».

Dans la société congolaise, des pesanteurs socioculturelles et religieuses continuent d’être des freins à l’acceptation des évolutions légales dans l’accès à l’avortement.

Par ailleurs, la loi congolaise considère  tout rapport sexuel, quoique consenti, entre une personne majeure et une personne mineure comme un viol. La grossesse de Nicha à 16 ans est donc issue d’un viol. L’article 14, alinéa 2, point C, du Protocole de Maputo d’application en RDC, depuis 2018, autorise l’avortement sécurisé notamment si la grossesse est issue d’un viol. Sur le plan médical, cet avortement doit obéir aux normes universelles édictées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Equipe de campagne

*Prénom d’emprunt