Dans la province, des cas provoqués d’avortement sont signalés dans certains coins. Ils s’opèrent dans la pure clandestinité sans se rendre compte des conséquences sur le plan à la fois sanitaire et psychologique. Dans le territoire de Kabare, plus d’une adolescente est tentée par la tendance à avorter une fois engrossée. Des témoignages piquant de certaines personnes qui ont pratiqué ces avortements relèvent des conséquences néfastes.   

Interrogée sur cette situation le week-end dernier par mamaradio, une fille de 17 ans a reconnu, larmes aux yeux pour avoir provoqué l’avortement.  Elève en cinquième année secondaire, elle se retrouvée engrossée par son copain, puis abandonnée.

« Le garçon a renié être l’auteur de cette grossesse. Depuis, il m’a détesté me traitant de tous les noms d’oiseaux. Je ne pouvais pas en parler à mes parents, sachant que mon père, militaire de son état, pourrait dans son agressivité me loger une balle dans la tête en apprenant que je suis enceinte. J’ai dû aller me faire discrètement avorter chez un ‘’médecin’’ de fortune », signale Claire Mugisha.

Une autre fille rencontrée à Katana, toujours dans ce territoire, reconnait, non sans tristesse, avoir décidé d’interrompre la grossesse au motif que son rêve serait brisé si elle mettait au monde. Encore que le garçon disait ne pas avoir besoin de la voir enfanter.

Avortement criminel justifiable ?

Des cas de ce genre, il y en a souvent dans plus d’une zone de santé de Kabare, et mieux encore, sur l’étendue du Sud-Kivu. Tout se passe dans la plus grande clandestinité et ignorance, estime le médecin gynécologue obstétricien à l‘hôpital Skyborne à Bukavu, docteur Ernest Munjo Munzenze. Il distingue les deux types d’avortement en indiquant que tout n’est pas si mauvais qu’on le croirait.

« Il y a l’avortement criminel ou clandestin qui souvent entraîne plus de complications. Il y a aussi l’avortement thérapeutique qui est plutôt sécurisé pour des raisons raisonnables. La législation le reconnait en tant que tel ».

Selon les réactions des jeunes adolescents, plusieurs facteurs poussent à l’interruption volontaire de la grossesse.

« L’entourage nous influence aussi pour autant qu’une fois grosse sans être mariée, on est mal vue. La peur d’être chassée du toit parental, l’incapacité du garçon, auteur de la grossesse à prendre ses responsabilités, le souci de sauver son honneur, la crainte de ne pas interrompre ses études ou laisser son ambition détournée,’’.

D’autres sources ajoutent le problème de la sexualité considérée comme un tabou en famille est un autre acteur favorisant.

Un acte, plusieurs inconvénients

Dans tous les cas, l’avortement provoqué comporte des sérieuses conséquences du point de vue de la santé de la fille ou la femme.

Le médecin directeur du centre de santé MALKIA WA AMANI, docteur Boshabo Hembi s’explique :

« Lorsque le curetage est mal fait, il peut créer chez la fille un saignement abondant, delà, une forte anémie avant de causer la mort. Des risques d’infection aussi dans le cas où cet avortement est clandestin, et effectué par des profanes, des plaies à l’utérus qui peuvent, à la longue, rendre infertile la femme, des risques de perforation de l’utérus et consorts ».

Ce n’est pas que sur ce point sanitaire que les filles ou femmes se heurtent aux conséquences. L’état psychologique est également affecté, argumente Héritier Djunga.

« Plusieurs sentiments négatifs peuvent envahir la personne qui avorte de manière provoquée, et non donc spontanée. La culpabilité, le traumatisme, la dépression, des troubles anxieux, la peur d’être mère dans sa vie, et ainsi de suite ».

Au vu de ce chapelet d’inconvénients, Noëlla Bahati du projet Jeune S3 à l’ONG ‘’SOS Sida’’ exhorte les filles à se rendre dans une structure de santé pour des conseils en cas d’une grossesse non désirée.

« Au lieu d’aller chez des charlatans, il vaut mieux voir les médecins pour des conseils, ce qui donnerait un choix éclairé à qui veut avorter ». Une précision de taille est à signaler, dit-elle.

« La fille ou la femme peut provoquer l’avortement sous quelques conditions, entre autres si la santé de la mère et/ou du fœtus est en danger, si elle a subi le viol ou l’agression sexuelle ou connu l’inceste, comme l’autorise le protocole de MAPUTO ».

L’OMS indique que  97% des cas d’avortement provoqués se comptent dans les pays en voie de développement dont la RDC fait partie.

Alice Kajabika

Journaliste formée dans le cadre du projet « Mongongo na Biso 2 » à Bukavu (Sud-Kivu)