La République démocratique du Congo (RDC), avec une population estimée à 85 millions d’habitants[i], dont 52% des femmes, est un des pays qui connait le plus taux fort de violence envers les femmes qui constituent un réel problème sociétal.

Selon le rapport Genre du Ministère du Genre, famille et enfant, 2 femmes sur 3 en sont victimes. [ii]

Alors que les violences sexuelles perpétrées lors des conflits armés ont reçu une attention internationale qui ont débouché sur des actions locales, le harcèlement sexuel en milieu universitaire se retrouve parmi les formes les plus tolérées par la société, qui leur a même donné un petit nom innocent  « notes ou points sexuellement transmissibles » en sigle NST qui est un jeu de mot basé sur la ressemblance phonétique avec «MST», soit Maladie Sexuellement Transmissibles.

Or la prévalence des harcèlements sexuels sont estimés à 20% parmi les abus sexuels dans la population scolaire en RD Congo, selon les révélations d’une enquête de l’ONG Ius et Vita (Droits et Vie) menée dans le milieu universitaire et scolaire de Kinshasa[iii].

Selon cette même enquête, environ 21% sont perpétrés par les enseignants contre  19% réalisés par les élèves/étudiants (camarades de classe des victimes).

Ces harcèlements sexuels qui sont au deuxième rang sur la liste des abus sexuels après les viols ne sont pas pour autant adresser comme il se doit dans les politiques de lutte contre les violences faites aux femmes.

Les conditions d’études dans les universités congolaises font de ces lieux un terreau favorable à des tels abus. Selon un documentaire de télé 7 sur les points sexuellement transmissibles, cité par l’UNESCO [iv]Échouer est d’autant moins accepté que les études coûtent très chères pour les parents eux-mêmes sous-payés ou impayés qui paient directement les enseignants.

L’État ayant démissionné, tous les moyens sont bons pour que l’étudiant-e passe en classe supérieure ou obtienne son diplôme car c’est un gage incontestable de réussite sociale.

Or selon l’indice des inégalités de genre en RD Congo produit par le programme de développement des Nations-Unies (PNUD), seulement 12,8% de femmes adultes ont atteint un niveau d’éducation secondaire ou supérieure par rapport à 32,4% d’hommes.[v]

Ce rapport de disparité est largement supérieur à une femme contre deux hommes. Plus on monte en niveau d’études, plus les écarts s’agrandissent.[vi]

Selon la note d’analyse l’inégalité du genre et les institutions sociales en RD Congo[vii], ces  inégalités répandues limitent l’accès des  femmes et des filles à l’éducation, à la formation, et plus tard à la prise de décision et au pouvoir économique. Elles accroissent leur dépendance économique et sociale aux hommes et les placent dans des positions de risque de plus de violence sexuelle et sexiste pour lesquels elles sont alors fortement stigmatisées.

Mais la RD Congo a mis en place une législation qui protège les droits des femmes. En 2011, deux lois de lutte contre les violences sexuelles ont été portées et le harcèlement sexuel y est inscrit comme un crime sexuel en RD Congo. [viii]

En outre, sur le plan règlementaire, la loi-cadre de l’enseignement national du 11 février 2014, [ix]dans sa partie régime disciplinaire instaure des mécanismes de lutte contre les harcèlements sexuels en milieu scolaire et académique.

Mais le constat est que ces textes sont méconnus et des étudiantes et étudiants et des enseignants qui, dans un camp, continuent à les perpétrer et dans l’autre continue de les subir.

En octobre 2012, la chaine de télévision TV5 a réalisé un reportage fort embarrassant sur les «notes ou points sexuellement transmissibles», ou une victime de harcèlement sexuel en milieu universitaire a témoigné à visage découvert d’un cas de harcèlement qu’elle avait subi de la part d’un chargé de cours à l’université et qui, faute d’y avoir cédé l’a conduit à arrêter ses études. Des cas comme ceux-là, on en rencontre plusieurs, mais bien souvent, les victimes se taisent à cause du poids social.[x]

 

Des étudiantes ont également révélés le fait que certains de leurs camarades se posaient en intermédiaire pour les mettre en contact avec les auteurs de tels pratiques, en violation complète des mêmes dispositions légales et réglementaires qui interdisent le harcèlement sexuel pour soi-même ou pour autrui.

De plus, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont rendu cette situation d’autant plus invasives et à faciliter la perpétration des actes de harcèlement sexuel.

Si jeunesse Savait (SJS), une ONG des jeunes féministes basées en RD Congo et partenaire de l’organisation « Monde selon les femmes » sur ce projet a travaillé pendant plus de 10 ans sur les questions de violences faites aux femmes liées à la technologie et a publié sur son site de monitorage de ces cas, plus de 10 témoignages anonymes de harcèlement sexuel en milieu universitaires[xi].

D’un autre côté, les parents commencent à redouter d’envoyer leurs filles à l’université. Dans un contexte ou culturellement lorsque les ressources s’amoindrissent les familles investissent plus dans l’éducation des garçons au profit des filles qui sont destinés alors au mariage et aggrave la déperdition scolaire des filles et contribue au faible statut des femmes par rapport aux hommes.[xii]

Si Jeunesse Savait souhaite sensibiliser le corps professoral ainsi que les étudiants sur l’impact négatif du harcèlement sexuel en milieu universitaire, sur les droits des femmes, les violences basées sur le genre en particulier le harcèlement sexuel et de ressortir son impact négatif sur l’éducation des filles et par ricochet la participation pleine et efficace des femmes au développement, de capaciter le corps judiciaire ainsi que les membres des mécanismes disciplinaires du ministère de l’enseignement supérieur et recherche scientifique (ESURES) qui ont la charge d’appliquer les dispositions légales et règlementaires en matière de harcèlement sexuel ainsi que les etudiant-e-s pour qu’elles puissent connaitre les mécanismes existants et dénoncer les éventuels cas de harcèlement sexuel et enfin de mener un plaidoyer pour plus de transparence dans le système éducatif congolais pour que le ministère, les universités et instituts supérieurs puissent faire le suivi de la gestion des cours par les enseignants en toute transparence pour éviter les situations qui exposent les filles à la merci des enseignants harceleurs.

 

 

Ce projet prévoit de renforcer les capacités des partenaires communautaires actifs dans ce domaine afin qu’ils puissent jouer un rôle de relais d’information, de sensibilisation, de soutien en cas de crise et de plaidoyer.

 

En effet, pour s’assurer que cette loi prenne en compte les besoins des jeunes particulièrement des jeunes femmes, ce projet se propose d’apporter des éléments pour un plaidoyer basé sur des preuves.

[i] Annuaire statistique 2014, institut national des statistiques, RDC, 2015 http://www.ins-rdc.org/sites/default/files/Montage%20AnnuStat%20FINAL%202%20From%20VEROUILLE%20_0.pdf

[ii] Rapport national genre, Ministère genre, famille et enfant, République démocratique du Congo, 2011

[iii] http://www.panapress.com/Etat-des-lieux-de-harcelement-sexuel-dans-l-enseignement-en-RDC–13-728782-18-lang1-index.html

[iv] www.unesco.org/archives/multimedia/?s=films_details&pg=33&id=2274

[v] Rapport national de développement humain, PNUD, RDC 2015 http://hdr.undp.org/fr/content/lindice-din%C3%A9galit%C3%A9s-de-genre-iig

[vi] Rapport national genre, Ministère genre, famille et enfant, République démocratique du Congo, RDC, 2011

[vii] L’inégalité du genre et les institutions sociales en RD Congo, Anny Mbambi & Marie Claire Falay, WILFP, 2010 www.peacewomen.org/assets/file/Resources/NGO/hrinst_inegalitedu_genreenrdc_wilpf_december2010.pdf

[viii]Loi n° 06/019 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 06 août 1959 portant Code de Procédure Pénale Congolais www.leganet.cd/Legislation/JO/2006/JO.01.08.2006.C.P.P.06.019.pdf & Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais http://www.leganet.cd/Legislation/DroitPenal/Loi.06.018.20.07.3006.htm

 

[ix] Loi-cadre n° 14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national, http://www.leganet.cd/Legislation/Droit%20Public/enseignement/Loi14.004.11.02.2004.htm

 

[x] www.tv5mondeplus.com/video/16-10-2012/les-nst-notes-sexuellement-transmissibles-355878

[xi] cd.takebackthetech.net

[xii] Profil du pays en matière d’égalité de genre, Ambassade de suède, RDC, 2014 http://www.swedenabroad.com/ImageVaultFiles/id_22002/cf_347/Profil_du_pays_en_mati-re_d-galit-_de_genre.PDF