Jeune santé est allée à la rencontre d’une jeune ménagère rescapée d’un avortement « maison ». L’histoire révèle une dangereuse tendance au Nord-Kivu : se faire conseiller par ses amies du quartier sur les techniques d’avortement. Tombée dans les bras d’un homme marié peu de temps après la mort de son propre époux, Aïcha se retrouve enceinte. De peur d’être rejetée par ses proches, elle prend la décision d’avorter.

Au même moment, les femmes de son entourage rapportent que l’avortement en est tabou mais à la mode. La question qui fait tourner sa tête devient celle de savoir « comment avorter ».

Aïcha se lance dans sa propre course à l’avortement. « Comment avorter à la maison » ou « comment avorter à deux mois de grossesse » sont les phrases qui font le débat avec ses conseillères.

Et ce qu’elle entend comme réponses ferait frémir n’importe quel médecin. L’une d’elles, lui conseille de se procurer deux médicaments, notamment un traitement contre les ulcères et brûlures de l’estomac. En les combinant, apprend-t-elle, le fœtus devrait être expulsé en toute sécurité.

Aïcha sort du monde théorique pour entrer dans le monde pratique et s’embarque dans une procédure qui aurait pu lui être fatale.

Elle se procure les médicaments conseillés, dépose sa fille dans son village familial, se prépare à effectuer elle-même une intervention extrêmement risquée.

Avant de passer à la dernière étape, « elle se fait conseiller par une autre de ses débatteuses pour se rassurer ». Puis elle avale sa première tablette, suivie d’une deuxième six heures après.

La douleur devient vite insupportable. Aïcha est seule dans sa chambre et vit un enfer.

« Je me suis mise à crier, et entendre quelqu’un frapper à la porte. J’étais étendue au sol, suant et saignant à profusion. Je ne pouvais même pas me déplacer pour aller ouvrir la porte », se souvient-elle.

Elle est transportée d’urgence à l’hôpital et doit acheter le silence d’un de ses voisins qui menace de révéler son avortement.

C’est ainsi que la jeune Aïcha a enfin bénéficié après cette tragédie, d’une assistance médicale et des meilleurs soins pour son avortement (…)

Innocente KABANO

(Journaliste formée dans le cadre du projet « Mongongo na Biso 2 » à Goma)